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Développementde la division du travail social, généralité du phénomène. D'où le problème: Faut-il nous abandonner au mouvement ou y résister, ou question de la valeur morale de la division du travail. Incertitude de la conscience morale sur ce point; solutions contradictoires simultanément données. Méthode pour faire cesser cette
LaStructure de l'âme est un texte inédit de C G Jung, jamais paru en librairie, car ne figurant pas dans ses oeuvres complètes. Il s'agit d'un texte directement écrit en français par Jung et publié en 1928 dans la Revue Métapsychique. Jung se situe dans la tradition philosophique occidentale pour nous décrire la structure de l'âme : la conscience est dotée d'un centre, le moi, ayant
EmileDurkheim, sociologue du lien social – La nature et les formes du lien social. A- Les causes de l’essor de la division du travail. Les causes de l’essor de la DT. La DT repose sur une intensification des relations sociales permises par l’augmentation du volume de la société et de la densité matérielle et morale.
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Pourl’explication de texte, on retrouve la morale, la sociét DURKHEIM, De la Division du travail social (1893) sujet-philosophie-bac-general-2021-metropole. Les corrigés du bac de philo. Afin que tu puisses te faire une idée des réponses attendues, nos professeurs certifiés ont réalisé la correction des quatre sujets de philosophie de terminale générale sous
Site De Rencontre Gratuit Non Payant Sans Abonnement. Résumé du document C'est le point de départ de la réflexion de Durkheim. Qu'est-ce qui fait que dans des sociétés modernes qui se différentient toujours plus ou la division du travail social est toujours grandissante, ces sociétés tiennent ensemble qu'est-ce qui fait la cohésion sociale dans des sociétés toujours plus différentiées, qui donnent toujours plus de place à l'individu ? Cette question reste une question actuelle. Ce mouvement se poursuit dans nos sociétés modernes. Des normes collectives sont-elles encore capables de réguler les rapports entre individus, individus que tout tend en apparence à séparer plutôt qu'à lier. C'est la préoccupation de Durkheim face au devenir de la morale ». Il s'agit ici de la division du travail social et non industriel, le sous-titre étant étude sur l'organisation des sociétés supérieures occidentales modernes ». Division du travail en société, dans les sociétés modernes. Cette question n'est pas nouvelle. Elle préoccupe depuis longtemps les économistes, dont Adam Smith. Sommaire Analyse fonctionnelle et analyse causale Une fonction intégrer le corps social Deux types solidarité mécanique et solidarité organique Un symbole les formes du droit Sociétés modernes et sociétés traditionnelles Un principe tout fait social doit s'expliquer par un autre fait social Trois causes volume de la société, densité matérielle et densité dynamique dite aussi densité morale Le double diagnostic durkheimien Division du travail, conflit social et anomie Culte de l'individu et déclin de la conscience collective quels risques ? Extraits [...] En même temps, le savant est complètement animé par du normatif. Il a une manière de s'inquiéter de la société moderne dans une forme de nostalgie pour l'harmonie perdue des sociétés primitives. Donc attention à toujours relever les traces normatives derrière un discours positif. On peut dire aussi que la manière dont Durkheim pense la société est toujours dans un cadre national. Ce qu'il appelle la société c'est souvent la nation une nation est d'abord née de la volonté de vivre ensemble, plus que la langue, etc.. [...] [...] Mais ce culte ruine la croyance en d'autres valeurs. Cette foi commune n'est possible que par la ruine des autres et ne pourrait donc produire l'effet de toutes les autres éteintes. Et si cette croyance est commune, car partagée par la communauté, elle est individuelle par son objet, car son objet est l'individu. Ce culte n'est pas à la société qu'il nous attache c'est à nous-mêmes. Ce culte ne constitue pas un lien social véritable crainte de voir le lien social se défaire sous l'impact de ce culte, il tend plutôt à les éloigner. [...] [...] Conclusion de la division du travail social notre premier devoir, pour Durkheim, c'est de nous faire une morale. Il est nécessaire que les sociétés modernes se donnent un socle de valeurs partagées, composées des valeurs héritées des Lumières, de la Révolution française, de la confiance en la science, etc. Durkheim est à la fois réformiste et conservateur, savant soucieux d'être utile . b. Culte de l'individu et déclin de la conscience collective quels risques ? Il termine sa thèse avec quelques remarques s'agissant du culte de l'individu. [...] [...] Ces trois facteurs expliquent comment on passe de société à solidarité mécanique à des sociétés à solidarité organique. Durkheim pense la causalité à sens unique. Jamais il ne pense une possible rétroaction de l'effet sur la cause. Ex. le travail des femmes explique-t-il qu'on fait mois d'enfants ? Donc la division du travail affecte-t-elle la démographie en retour. À partir de cette explication par trois causes, Durkheim va poser un diagnostic sur les formes pathologiques ou anormales de la division du travail social. [...] [...] Il va proposer des remèdes. III. Le double diagnostic durkheimien a. Division du travail, conflit social et anomie état d'indétermination, durable ou transitoire, quant aux normes, règles et valeurs sur lesquelles fonder la vie en société. Durkheim dit qu'il y a anomalie ou pathologie chaque fois que cette division du travail ne produit pas un accroissement de la solidarité social, mais son contraire, à commencer par l'antagonisme du travail et du capital. À mesure que les fonctions industrielles se spécialisent, la lutte devient plus vive bien loin que la solidarité augmente. [...]
Si richement doués que nous soyons, il nous manque toujours quelque chose, et les meilleurs d'entre nous ont le sentiment de leur insuffisance. C'est pourquoi nous cherchons chez nos amis les qualités qui nous font défaut, parce qu'en nous unissant à eux nous participons en quelques manière a leur nature, et que nous nous sentons alors moins incomplets. Il se forme ainsi de petites associations d'amis où chacun a son roule conforme a son caractère ou il y a un véritable échange de services. L'un protège , l'autre console ; celui-ci conseille, celui-là exécute, et c'est ce que partage des fonctions ou pour employer l'expression consacrée, cette division du travail qui détermine ces relations d'amitié. Nous sommes ainsi conduits a considérer la division du travail sous un nouvel aspect. Dans ce cas, en effet, les services économiques qu'elle peut rendre sont peu de chose a coté de l'effet moral qu'elle produit , et sa véritable fonction est de créer entre deux ou plusieurs personnes un sentiment de solidarité. De quelque manière que ce résultat soit obtenu, c'est elle qui suscite ces sociétés d'amis, et elle les marque de son peinte.. Emile Durkheim, De la division du travail Social. Ce texte est un extrait de la division du travail. Dans ce passage, Durkheim présente les avantages de la division du travail c'est a dire de la répartition des taches au sein d'une société. Pour Durkheim cette organisation rend des services économique puisque que les hommes deviennent plus compétents et plus efficaces, mais c'est surtout le fondement de liens amicaux ou solidaires entre les hommes; comme il lui dit lui même "les services économiques que la division du travail peut rendre sont peu de choses a coté de l'effet moral qu'elle produit, et sa véritable fonction et de créer entre deux ou plusieurs personnes un sentiment de solidarité."
1. Introduction une thèse pour répondre aux grandes questions de l’époque Publiée en 1893, De la division du travail social est la thèse de doctorat de Durkheim. Le questionnement qu’il y a développé est directement inspiré de l’actualité économique et politique de son époque. D’une part, la généralisation de la division du travail qui a accompagné l’avènement de la société industrielle a donné lieu à un débat entre ceux qui y voyaient une source d’enrichissement susceptible d’améliorer la qualité de vie de tous, et ceux qui y voyaient une atteinte à la dignité humaine et à la civilisation. Ainsi, tandis qu’Adam Smith vantait les mérites de la division du travail en vigueur dans une manufacture d’épingles, Jean-Baptiste Say répondait C’est un triste témoignage à se rendre que de n’avoir jamais fait que la dix-huitième partie d’une épingle ». Durkheim se proposait d’éclairer ce débat grâce à une étude méthodique de la division du travail, permettant de mieux en saisir les ressorts et les enjeux. D’autre part, la décennie pendant laquelle Durkheim a écrit sa thèse correspond à une conjoncture politique particulière, qui est celle des prémisses de la Troisième République. Il s’agit du premier régime à s’être inscrit dans la durée depuis la Révolution de 1789, à la suite de trois monarchies constitutionnelles, de deux républiques éphémères et de deux empires. La recherche de la stabilité sociale était donc au centre des préoccupations de l’époque. Cela s’est notamment traduit par une série de réformes sociales en faveur des salariés, et de lois sur l’éducation et la laïcité. Durkheim s'inscrit dans cette voie, lui qui a mis en lumière des conditions propices à la cohésion sociale dans sa thèse. Après avoir examiné la méthode mise en œuvre par Durkheim pour étudier la division du travail social de manière scientifique, nous verrons en quoi consistent les deux types de solidarité sociale – mécanique et organique - qu’il a dévoilées à jour dans ce cadre. Nous nous pencherons ensuite sur les causes et les conditions nécessaires pour que s’opère le passage d’un type de solidarité à l’autre. Puis, nous porterons notre attention sur la volonté de Durkheim de contribuer à la cohésion sociale des sociétés industrielles. 2. Méthode pour étudier la solidarité sociale de manière objectiveBien qu’Émile Durkheim n’ait pas encore publié Les règles de la méthode sociologique 1895 au moment de sa recherche de thèse, force est de constater qu’il s’y pliait déjà avec rigueur. Ainsi, écartant les idées reçues de l’opinion commune, il invitait à voir la division du travail non pas comme un phénomène essentiellement économique, mais comme une condition de la vie sociale ayant pour effet de créer la solidarité. Pour illustrer cette idée, il prenait l’exemple de la division du travail sexuel la comparaison entre différentes sociétés révèle en effet que plus les tâches assignées à chaque sexe sont différentes dans une société, plus l’institution du mariage y a sa place d’abord parce qu’elle existe, mais aussi parce qu’elle y est réglementée et qu’elle renvoie à un usage général et durable. L’intensité de la solidarité conjugale serait donc proportionnelle au degré de dépendance entre les membres des deux sexes. Attention, Durkheim comprenait la notion de solidarité comme le résultat d’une dépendance mutuelle entre des acteurs, indépendamment de leur degré de satisfaction. Par exemple, dans un contexte où les femmes ont un accès limité aux études et au marché de l’emploi, elles ont tendance à demeurer auprès de leurs maris, dont elles dépendent financièrement et socialement, ce qui ne veut pas dire qu’elles soient heureuses en ménage ! En nous rendant dépendants les uns des autres, la division du travail social produirait donc de la solidarité. Mais encore faut-il savoir dans quelle mesure elle y contribue, ce qui n’est pas facile, car la solidarité n’est pas chose quantifiable. Pour le savoir, Durkheim a donc cherché un intermédiaire quantifiable, dont l’évolution serait représentative de celle de la solidarité. Cet indicateur, c’est le droit. En effet, plus la solidarité sociale est forte, plus les individus qu’elle concerne sont fréquemment en contact. Or, plus nombreuses sont leurs relations, plus ils ont tendance à élaborer des règles de droit visant à les réguler et à les organiser. Pour mesurer la part de la solidarité produite par la division du travail, il faut donc – Déterminer le type de droit qui résulte de la division du travail ; – Compter les règles juridiques qui procèdent de ce type de droit ;– Voir la part qu’elles représentent sur le volume total du Sanctions répressives et sanctions restitutivesPour déterminer le type de droit lié à la division du travail, Durkheim a procédé à sa propre classification, en cherchant un critère qui soit présent dans tout le droit, mais dont les variations permettent de distinguer différents types de droit. Ce critère, c’est la sanction. En effet, si toute règle juridique s’accompagne d’une sanction, les sanctions changent suivant la gravité attribuée aux préceptes, la place qu’ils tiennent dans la conscience publique, le rôle qu’ils jouent dans la société » p. 33. La sanction est donc un bon indicateur de l’attachement des membres d’une société à telle ou telle règle. On retrouve là l’idée centrale dans l’œuvre de Durkheim que les sociologues ont tout intérêt à porter leur attention sur des phénomènes pathologiques comme les transgressions, les suicides, les dysfonctionnements pour comprendre la physiologie sociale à savoir le fonctionnement normal de la société. En l’occurrence, examiner la manière dont la société sanctionne ce qu’elle définit comme une transgression permet de révéler les valeurs fondamentales autour desquelles elle gravite, ainsi que la manière dont elle fonctionne et dont elle régule les comportements de ses a observé qu’il existe deux sortes de sanctions - Les sanctions répressives visent à punir la personne qui a transgressé la règle en la privant de quelque chose liberté, argent. C’est ce type de sanctions qui s’applique dans le droit Les sanctions restitutives visent la remise en état des choses en vigueur avant la transgression à savoir que si une sanction restitutive prévoit le paiement d’une amende, l’argent sera employé à payer les frais d’hôpital de la victime ou de réparation de sa voiture par exemple. On retrouve ce type de sanctions dans toutes les formes de droit, à l’exception du pénal droit civil, commercial, administratif, constitutionnel, etc. Ces deux types de sanctions répondent donc à des logiques différentes. Afin de comprendre les raisons de cette divergence, Durkheim a comparé les sanctions répressives et restitutives de plusieurs Solidarité mécanique et solidarité organique En examinant les sanctions répressives, Durkheim a remarqué que ce qui est considéré comme un crime relève d’une extrême variabilité à travers le temps et l’espace. En outre, ce qui est considéré comme un crime n’est pas forcément nuisible à la société comme la transgression d’interdits alimentaires par exemple, et les sanctions ne sont pas proportionnelles aux dégâts causés par exemple, bien que des spéculations boursières puissent avoir des effets plus graves sur le corps social qu’un homicide isolé, il est plus gravement puni. Le fait est que les actes jugés criminels sont ceux qui offensent la conscience collective, c’est-à-dire l’ensemble des règles acceptées par tous dans une société. C’est pour cette raison que les affaires criminelles sont jugées par des jurys populaires, que le droit pénal évolue lentement, et que les crimes contre l’État qui est le garant de la conscience collective d’une nation sont sévèrement punis. Ainsi, la peine est la vengeance de la société contre les actes qui la mettent en cause ; elle n’est pas proportionnelle à la nocivité de l’acte, mais au degré de cette remise en cause Il ne faut pas dire qu’un acte froisse la conscience commune parce qu’il est criminel, mais qu’il est criminel parce qu’il froisse la conscience commune » Durkheim qualifiait de solidarité mécanique la solidarité qu’exprime le droit pénal, ou encore de solidarité par similitudes, car elle repose sur la conformité des membres d’une société à une conscience collective commune, ce qui les rend similaires. Ce type de solidarité domine dans les sociétés à faible division du travail, où le droit pénal occupe une place prépondérante sur le volume total du aux règles à sanction répressives, celles à sanctions restitutives ne soulèvent pas de sentiments forts au sein de l’opinion publique L’idée que le meurtre puisse être toléré nous indigne, mais nous acceptons très bien que le droit successoral soit modifié » Ainsi, les dilemmes relevant du droit restitutif ne sont pas traités par des jurys populaires, mais par des organes spécialisés tribunaux consulaires, conseils des prud’hommes, tribunaux administratifs » etc. Le droit restitutif vise à établir des compromis entre des parties restreintes de la société par exemple, déterminer à qui revient un bien disputé droit de propriété, quels sont les devoirs d’un agent de change droit commercial ou encore d’un père de famille droit domestique. Le droit restitutif dérive essentiellement de la division du travail, et il occupe une place prépondérante sur le volume total du droit dans les sociétés à forte division du travail. Il vise à déterminer les devoirs, les droits et les comportements assignés à chaque fonction professionnelle ou sociale, et à réglementer leurs rapports afin d’assurer la coopération entre les différentes parties qui composent une société. En effet, le droit restitutif – dit aussi coopératif – ne considère pas la société comme un bloc homogène mais comme un agencement de pièces que leurs différences rendent complémentaires comme un puzzle. Durkheim comparait ce mode de fonctionnement à celui des organismes vivants, dont la santé générale est assurée par la coopération harmonieuse entre des organes qui assurent des fonctions différentes. Il a donc nommé solidarité organique le type de solidarité relevant du droit restitutif ; par opposition à la solidarité mécanique, qui unit des éléments n’ayant pas de mouvement propre comme les anneaux d’une chaîne.En poussant les acteurs sociaux à se spécialiser, la division du travail les amènerait à développer une conscience individuelle et un sentiment de leur personnalité propre, cette autonomie étant nécessaire à l’accomplissement de rôles spécialisés. Ceci dit, il ne faut pas voir dans l’émergence de l’individualité une menace pour la solidarité. En effet, l’interdépendance générée par la division du travail rend la solidarité organique très puissante. Selon Durkheim, elle l’était même plus que la Causes du passage d’un type de solidarité à l’autre En bon penseur du XIXème siècle, Durkheim adhérait au modèle évolutionniste selon lequel toutes les sociétés passeraient par les mêmes étapes d’évolution. Ainsi, il considérait que les sociétés développaient d’abord une solidarité mécanique, avant d’évoluer vers une solidarité de type organique ; et il s’est employé à dévoiler les mécanismes de passage d’un état à un division du travail apparaîtrait quand des groupes – jusqu’alors autonomes – se mettent à développer leurs échanges et à se rapprocher, au point de former une unité, qui s’étend à la fois sur leurs territoires respectifs et sur les espaces qui les séparaient avant qu’ils ne s’agglomèrent pensons, par exemple, à la continuité qui s’est établie entre Paris et certaines villes, dont on ne sait plus si elles relèvent de la province ou de la banlieue. Ce processus implique l’augmentation simultanée du nombre de personnes se reconnaissant comme membres d’une même société volume social, et de la fréquence de leurs relations densité sociale échanges réguliers de biens, de savoir-faire, d’idées et de valeurs morales. La densité sociale étant favorisée par le développement des voies de communication et des médias. De là naîtrait la division du travail. En effet, la condensation d’un grand nombre de personnes sur un même territoire aux ressources limitées met les individus en rivalité. Ainsi, si ces derniers s’adonnent aux mêmes activités, la guerre est presque inévitable. Mais s’ils se divisent les tâches de manière à ne pas empiéter sur le domaine de l’autre, alors la cohabitation est possible Ils ne se gênent pas mutuellement ; ce qui fait prospérer les uns est sans valeur pour les autres » p. 248, et ils peuvent même coopérer. En générant de la coopération là où il y pourrait y avoir rivalité, la division du travail sociale remplirait donc une fonction pacificatrice. 6. Conditions nécessaires à l’émergence de la division du travail socialAprès avoir pointé les causes de la division du travail, Durkheim a indiqué quelques conditions additionnelles, nécessaires à son émergence. D’abord, pour que des individus en concurrence se divisent les tâches, il faut qu’ils partagent un sentiment d’appartenance commun sinon ils fuiraient ou s’efforceraient d’être autosuffisants, ce qui entraînerait des conflits, les ressources d’un même territoire étant limitées. Ainsi, la division du travail social ne peut apparaître qu’au sein d’une société déjà constituée. Ceci est vrai même au niveau international c’est parce qu’une conscience commune s’est forgée entre les sociétés européennes qu’une coopération a pu se mettre en place. Ensuite, pour que la division du travail soit viable, il faut qu’elle crée les débouchés de sa production, en même temps qu’elle l’augmente. En effet, la division du travail augmente la productivité des travailleurs, donc la masse globale de la production. Pour que ce système ne fasse pas faillite, il faut que le surplus de produits parvienne à se vendre. Or, c’est généralement le cas, car la fatigue résultant des efforts déployés dans la lutte face à la concurrence amène les membres des sociétés à forte division du travail à consommer davantage. De nos jours, on peut penser aux sommes considérables dépensées par les en alcool, cigarettes, chocolat, cours de yoga, vacances au soleil, matelas, produits de beauté, abonnements Netflix, Deezer, etc. pour compenser les effets du stress et des douleurs de dos liées aux longues heures passées au travail et dans les transports. En outre, la vie dans les sociétés à forte division du travail requiert de s’ingénier pour trouver des moyens de soutenir la lutte [et] retrouver les conditions d’un équilibre qui se rompt sans cesse » p. 256. Cet accroissement de l’intelligence s’accompagne de besoins intellectuels nouveaux, qui se traduisent eux aussi par un surplus de consommation revues scientifiques, sorties culturelles, etc. Enfin, Durkheim a pointé des conditions secondaires d’émergence de la division du travail, comme l’apparition du droit de propriété, nécessaire pour envisager la société comme un composite hétérogène, une mosaïque composée de pièces Espace critique Durkheim et la quête de cohésion socialeFace à l’état d’anomie à savoir de perte de repères de la France de son époque – et aux tentations conjointes de retour à un ordre non démocratique –, Durkheim pointait l’urgence d’inventer une morale adaptée à cette nouvelle société d’individus libres et mobiles. Considérant la science comme un recours capable de nous aider à trouver le sens dans lequel nous devons aiguiller notre conduite, à déterminer l’idéal vers lequel nous tendons » préface, XXXIX , il a vu dans ses recherches une indication que la division du travail était le terrain le plus propice pour planter les graines de ce nouvel ordre moral. D’où son engagement pour que des corporations professionnelles d’échelle nationale soient créées, et qu’elles deviennent les principaux corps intermédiaires entre les individus et l’État à la place des groupements territoriaux, inaptes à produire de la solidarité entre des individus désormais mobiles. Aux vues des conflits sociaux et des tensions identitaires qui ont traversé les XXe et XXIe siècles, on ne peut que reconnaître l’intérêt qu’il y aurait eu à suivre sa proposition. Mais Durkheim n’a pas été visionnaire que sur ce point tout en se réjouissant du potentiel pacificateur de la conscience européenne qui s’est développée en parallèle des progrès de la division internationale du travail, il insistait sur la nécessité d’accompagner ce phénomène économique d’une réglementation morale d’échelle internationale. En outre, soucieux de contribuer à la cohésion d’une société découvrant la liberté individuelle et la vie urbaine au sein de laquelle les suicides étaient en augmentation, il a même mis en garde contre les menaces d’addiction à la nouveauté et d’impossible satisfaction qui pèsent sur les sociétés ne mettant pas de freins à l’abondance. La thèse de Durkheim est donc frappante de par son actualité. 9. Pour aller plus loin Ouvrage recensé– De la division du travail social, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2004 [1893].Ouvrages du même auteur– Les Règles de la méthode sociologique, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2013 [1895].– Le Suicide, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2013 [1897]. – Les Formes élémentaires de la vie religieuse, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2013 [1912].Autres pistes– Steiner Philippe, La Sociologie de Durkheim, Paris, La Découverte, coll. Repères », 2000 [1994].
Durkheim, De la Division du Travail Social 1893 L’intuition de Durkheim est de prendre le contrepied des thèses dominantes de l’époque = la société se désintègre, le lien social tombe en déliquescence. Sa lecture est moderne pour l’époque, pour lui les transformations des sociétés ne conduisent pas nécessairement à l’affirmation d’un individualisme complètement prend la division du travail comme l’élément caractéristique du changement social. Ici, le changement social est plutôt appréhender du point de vue d’une différenciation sociale rôles, fonctions, besoins….Les deux formes de solidarité mécanique et organique permettent de qualifier une transformation, de décrire un changement mais nous sommes plutôt dans des formes idéalisées où l’on exacerbe l’opposition entre ces deux formes. Idée d’un mouvement dans lequel la solidarité organique s’impose dans la majeure partie de l’espace sociale. Idée qu’il y a deux natures de lien social, deux façons de faire société. Ici, ce qui permet d’objectiver le lien social est le droit. Durkheim considère qu’il ne faut surtout pas s’intéresser à la psychologie individuelle. Pour lui, le meilleur indicateur objectif de ce sentiment d’appartenance à un groupe social est le droit. Des sociétés dans lesquelles prime exclusivement le droit répressif sont des sociétés que l’on peut caractériser de solidaritémécanique tourné vers le contrôle des comportements de chacun. Ces sociétés s’apparentent aux sociétés rurales relativement fermées, avec une très faible mobilité spatiale et un sentiment d’appartenance à une communauté villageoise particulièrement forte.Solidarité mécanique la conscience collective est tellement prégnante qu’elle étouffe toute manifestation de personnalité on ne peut distinguer la conscience collective de la conscience individuelle. Ressemblance, similitude entre les individus = chacun pense de la même façon, partage les mêmes pratiques, normes, valeurs. Une forme de personnalité est interdite et impossible. Les individus sont tous substituables aux autres, idée que dans cette forme de solidarité la vie d’un homme n’a que très peu de valeur. Droit répressif, contrôle social permanent, tout comportement déviant est très lourdement sanctionné car ces manifestations individuelles, ces manifestations de personnalité heurtent la consciencecollective qui ne peut tolérer un écart à la norme collective.Solidarité organique émancipation des consciences individuelles, montée de la personnalité et affaiblissement de la conscience collective. Droit restitutif = correction des situations, rétablissement de la situation antérieure, réparation de la situation d’un individu ou groupe qui aurait été dégradé par l’action d’un autre individu ou groupe. Division du travail, différenciation des rôles et besoins de chacun. L’État est plus présent dans la régulation des comportements dans cette solidarité. Interdépendance des individus.
Plan Texte Notes Citation Auteur Texte intégral 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociétés modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt... Durkheim n’est visiblement pas à l’aise dans cette partie finale de son livre [le Livre III de La division du travail social], très courte par rapport aux deux précédentes et aussi bien moins élaborée […]. De là, sans doute, un certain manque de clarté dans la construction de cette dernière partie du livre et même dans l’identification des pathologies de la société moderne. »1 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adapté de Charles-Henry Cuin, Durkheim et l’inégali ... 1Une question centrale de la sociologie durkheimienne est celle des conditions de l’ordre et de l’intégration dans un type de société caractérisé, d’une part, par un système de valeurs démocratique et, d’autre part, par la croissance de l’inégalité sociale sous l’effet du progrès inéluctable de la division du travail. Dans ses ouvrages de jeunesse, Durkheim croit trouver une réponse satisfaisante dans ce poncif classique de l’idéologie démocratique qu’est l’égalité des chances. Pourtant, au lieu de chercher à approfondir les conditions de réalisation de ce qu’il nomme lui-même l’ absolue égalité dans les conditions extérieures de la lutte », il va préférer s’orienter vers une analyse des conditions non plus socio-économiques mais socio-culturelles de l’acceptation de l’ordre social par les acteurs. En témoigne la place centrale accordée à l’éducation et, plus largement, à la socialisation dans les œuvres de maturité2. I. L’égalité des chances contre l’égalité des conditions 3 Émile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il s’agit du chapitre II du ... 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 2Durkheim n’est pas, à l’évidence, un sociologue de la stratification sociale. Dans La division du travail social, le thème de l’inégalité sociale occupe cependant une place privilégiée dans le traitement d’une de ses problématiques centrales – celle de la réalisation et du maintien de l’ordre social. Les guerres de classes » et autres conflits sociaux qui agitent les sociétés industrielles n’y sont pas seulement interprétés comme une conséquence de l’anomie chronique qui y règne, mais aussi comme un effet du caractère contraint » de la division du travail3. Par là, il faut entendre que le processus de la distribution des individus dans la structure des positions sociales ne respecte pas, ou pas assez, ni les capacités propres des intéressés leurs aptitudes et compétences ni leurs désirs leurs goûts et aspirations. Une telle harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales »4 serait en effet une condition nécessaire pour que la satisfaction que chacun trouve dans l’accomplissement de son rôle social – et donc de la place qu’il occupe dans la société – l’empêche d’en désirer un autre et de mettre ainsi en cause l’ordre social établi Sans doute ne sommes-nous pas, dès notre naissance, prédestinés à tel emploi social; nous avons cependant des goûts et des aptitudes qui limitent notre choix. S’il n’en est pas tenu compte, s’ils sont sans cesse froissés par nos occupations quotidiennes, nous souffrons et nous cherchons un moyen de mettre un terme à nos souffrances. Or, il n’en est pas d’autre que de changer l’ordre établi et d’en refaire un nouveau. »5 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, L’Anomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depu ... 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 3Durkheim est ainsi conduit à opposer à une forme contrainte » de la division du travail en fait du processus de la distribution des individus dans la structure sociale une forme spontanée » qui peut seule produire la solidarité sociale et prévenir les conflits sociaux. Cette spontanéité, précise-t-il, suppose non seulement que les individus ne sont pas relégués par la force dans des fonctions déterminées, mais encore qu’aucun obstacle, de nature quelconque, ne les empêche d’occuper dans les cadres sociaux la place qui est en rapport avec leurs facultés »6. Autant, dans le domaine des relations et des rapports sociaux, la société réclame une réglementation sans laquelle elle est menacée d’anomie7, autant le processus de la distribution sociale doit demeurer exempt de toute contrainte. Alors que, quelques pages plus tôt, Durkheim se faisait le chantre d’une réglementation suffisamment développée qui détermine les rapports mutuels des fonctions »8, il estime que c’est la plus totale liberté qui doit régir l’accès à ces fonctions et que rien ne doit gêner les initiatives des individus »9. Une fois la société organisée selon des règles propres à assurer l’harmonie des rapports sociaux nés de la division du travail, les destins individuels peuvent – et doivent – se déployer librement dans un espace social désormais contrôlé. La manière durkheimienne de résoudre l’antithèse classique entre individu et société est ici parfaitement balancée au premier est due la liberté de se mouvoir dans une structure sociale convenablement organisée et d’y réaliser ses aptitudes et ses goûts, à la seconde revient l’obligation d’assurer la coordination et la complémentarité des fonctions sociales et de déterminer non pas qui doit les occuper mais comment elles doivent être remplies. La solution retenue est donc à mi-chemin entre collectivisme et individualisme. Elle propose le modèle d’un individu libre dans une société forte, pour le plus grand profit des deux c’est ce que Durkheim appelle le socialisme ». À cette condition, en effet, l’harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ne peut manquer de se produire, du moins dans la moyenne des cas. Car, si rien n’entrave ou ne favorise indûment les concurrents qui se disputent les tâches, il est inévitable que ceux-là seuls qui sont les plus aptes à chaque genre d’activité y parviennent […]. Ainsi se réalise de soi-même l’harmonie entre la constitution de chaque individu et sa condition. »10 11 Émile Durkheim, La Science sociale et l’action, Textes réunis et présentés par Jean-Claude Filloux, ... 4Mais en quoi une telle procédure de distribution sociale, si visiblement favorable à la collectivité, l’est-elle également à l’individu ? La réponse de Durkheim est, ici, aussi lapidaire que péremptoire Normalement, l’homme trouve le bonheur à accomplir sa nature; ses besoins sont en rapport avec ses moyens ». Entendons par là que, si les mérites individuels sont justement récompensés, les besoins sont satisfaits du même coup puisque les besoins correspondent aux moyens qui ont permis de réaliser les accomplissements que la société égalitaire sait reconnaître et récompenser. Bref, comme l’exprime élégamment Filloux, On a les besoins que l’on mérite ! »11 12 Au même moment, dans la première tradition sociologique nord-américaine, ces deux options opposées ... 13 Émile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 5La problématique durkheimienne est donc claire comment faire en sorte que s’établisse cette harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales » jugée nécessaire à la satisfaction des individus et, par effet, à l’intégration de la société ? En théorie, deux solutions distinctes se présentent. La première est celle d’un libéralisme social absolu laissant libre cours à la concurrence dans laquelle les individus s’engagent pour la conquête des différentes positions sociales. La seconde est, à l’inverse, celle d’un interventionnisme tout aussi absolu garantissant que la distribution sociale s’effectue de telle manière que les différentes positions sociales soient allouées aux individus les plus aptes à les occuper12. Le dilemme est classique réussissent soit les plus forts soit les plus aptes. On ne saurait mieux qualifier la solution durkheimienne de ce dilemme que de sociale-démocrate ». Cette solution est en effet celle de l’égalité des chances que Durkheim, en termes fleurant leur néo-darwinisme, définit comme une absolue égalité dans les conditions extérieures de la lutte »13. En d’autres termes, la salutaire compétition des individus les uns avec les autres dans la course pour l’accès aux positions sociales doit pouvoir se livrer sans qu’aucun des concurrents ne jouisse de quelque avantage que ce soit sur les autres. À ce compte, non seulement chacun est récompensé selon ses seuls mérites propres mais, encore et surtout, par la grâce du caractère démocratique du processus par lequel elle s’opère, le résultat de la distribution sociale se voit investi d’une forte légitimité. Non seulement l’égalité des chances permet de préserver et de rationaliser le caractère fonctionnel de l’inégalité des conditions, mais elle rend celle-ci légitime. Elle a donc un double mérite d’une part elle fait coïncider aptitudes et fonctions, d’autre part elle confère à l’ordre ainsi constitué une valeur non plus seulement fonctionnelle mais également morale ». 6Et c’est bien cette légitimité – plus que le bonheur à accomplir sa nature » ! – qui confère à l’égalité des chances son efficacité intégratrice. De fait, lorsqu’elle est réalisée dans un contexte de chances égales, l’inégalité des conditions se voit à la fois légitimée et valorisée légitimée car elle résulte alors de la mise en œuvre d’un idéal de justice en l’occurrence de justice distributive, valorisée car elle récompense les mérites des uns et sanctionne négativement l’absence de mérite des autres. 14 […] les progès de la division du travail impliquent […] une inégalité toujours croissante […] », ... 15 Ibid., p. 370. 7La démonstration durkheimienne semble donc avoir atteint son but. Ce n’est pas l’inégalité sociale en elle-même qui est tenue pour responsable des ruptures de la solidarité sociale et, partant, des conflits sociaux mais le fait que les inégalités sociales ne soient pas congruentes avec les inégalités naturelles ». L’inégalité est en effet inscrite, comme conséquence normale de la division du travail, dans la nature même des sociétés polysegmentaires14. Elle est traitée par Durkheim comme une donnée non problématique. Les classes sociales – les castes mêmes – sont des modes d’organisation de la division du travail qui sont parfaitement légitimes tant qu’ils demeurent fondé[s] dans la nature de la société », c’est-à-dire lorsque les règles de la distribution sociale ne font que structurer socialement les inégalités naturelles La contrainte ne commence que quand la réglementation, ne correspondant plus à la nature vraie des choses et, par suite, n’ayant plus de base dans les mœurs, ne se soutient que par la force »15. Non, la thèse durkheimienne est bien que ce n’est pas l’inégalité des conditions qui menace la solidarité organique mais bien les conditions dans lesquelles cette inégalité d’une part se constitue et, d’autre part, se maintient. Et l’égalité des chances est l’instrument par lequel peut se réaliser cette adéquation entre ce que les hommes sont naturellement » et ce qu’ils deviennent socialement ». 16 Ibid., pp. 371-372. 8On s’attendrait donc à ce que Durkheim développe et approfondisse une analyse des conditions de réalisation de cette providentielle égalité des chances. Celui-ci n’identifie pourtant comme seul et unique obstacle à cette réalisation que l’institution de l’héritage – plus précisément de l’héritage patrimonial […] alors même qu’il ne reste, pour ainsi dire, plus de trace de tous ces vestiges du passé, la transmission héréditaire de la richesse suffit à rendre très inégales les conditions extérieures dans laquelle la lutte s’engage »16. 17 Émile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 9Pourtant, plus on avance dans la lecture de La Division du travail social – ou même du Socialisme – et plus il devient clair que, sous l’expression d’ égalité dans les conditions extérieures de la lutte », il y a davantage que la seule notion d’égalité des chances dans l’accès aux positions sociales. Il faut en effet ajouter à la dimension distributive de ce principe de justice une dimension rétributive selon laquelle les différentes fonctions sociales ne doivent pas seulement être librement accessibles par chacun indépendamment de son origine sociale mais doivent en outre recevoir des gratifications matérielles et symboliques proportionnelles aux services rendus. Durkheim précise en effet que cette égalité dans les conditions extérieures de la lutte […] consiste non dans un état d’anarchie qui permettrait aux hommes de satisfaire librement toutes leurs tendances bonnes ou mauvaises, mais dans une organisation sociale où chaque valeur sociale, n’étant exagérée ni dans un sens ni dans l’autre par rien qui lui fût étranger, serait estimée à son juste prix »17. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 10Durkheim est infiniment plus disert sur les conditions de la réalisation de cette dernière exigence que sur celles de la précédente. Pour assurer l’égalité contractuelle des rapports sociaux, il faut en effet que les valeurs échangées par les individus des biens et des services les uns contre les autres soient équivalentes, c’est-à-dire que le prix de l’objet échangé soit en rapport avec la peine qu’il coûte et les services qu’il rend ». Si cette valeur n’est pas mathématiquement » calculable, la conscience publique » ou encore l’ opinion » possède un sentiment assez précis de cette valeur et est donc en mesure de juger sainement du degré d’équité de l’échange. Mais ce n’est heureusement pas tout la thèse durkheimienne est que, si le consentement des contractants est libre de toute pression extérieure s’ils sont placés dans des conditions extérieures égales »18, alors l’échange est équitable et les individus ne reçoivent qu’en fonction du coût réel de l’objet échangé. Si, au contraire, une classe de la société est obligée, pour vivre, de faire accepter à tous prix ses services, tandis que l’autre peut s’en passer grâce aux ressources dont elle dispose et qui pourtant ne sont pas nécessairement dues à quelque supériorité sociale, la seconde fait injustement la loi à la première. Autrement dit, il ne peut pas y avoir des riches et des pauvres de naissance sans qu’il n’y ait des contrats injustes »19. 11Ainsi, l’essentiel de l’analyse de l’analyse durkheimienne des causes de conflits sociaux tenant aux modalités selon lesquelles les mérites individuels sont à la fois reconnus par la manière dont le processus de la distribution sociale s’effectue et récompensés par le résultat de ce processus en termes de stratification sociale tient dans la dénonciation de la seule institution de l’héritage patrimonial, qui interdit l’égalité des chances et rend les rapports sociaux inéquitables. Le mérite de cette analyse n’est cependant pas mince, dans la mesure où elle parvient à dépasser l’aporie consubstantielle à toute idéologie de l’égalité des chances l’égalité des chances débouchant sur une inégalité des conditions qui, dans le même temps, en légitime le principe, il suffit de faire en sorte que les conditions d’arrivée d’une génération ne constituent les conditions de départ de la suivante. C’est ce que permettrait, en brisant le cercle vicieux de la reproduction socio-économique, la suppression de l’héritage patrimonial ! II. Les apories de la solution socio-économique et le choix de la solution socio-culturelle 20 Émile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, P ... 12Il est cependant douteux qu’il suffise de supprimer les inégalités économiques de naissance » pour supprimer du même coup les contrats injustes ». D’une part, il existe, à côté de la seule hérédité économique, bien d’autres hérédités – en particulier sociales et culturelles – susceptibles d’altérer la spontanéité » de la distribution sociale. D’autre part, les rapports sociaux ne sont pas affectés seulement par les situations économique de départ dans lesquelles se concluent les contrats mais aussi, et plus significativement encore, par les l’ensemble des inégalités plus ou moins acquises dont les individus sont affectés tout au long de leur carrière. Ce qui rend les contrats injustes », c’est l’inégalité même des contractants, et pas seulement celle qui résulte de la transmission héréditaire des biens. En outre, dans un cours sur la famille conjugale professé en 1892, Durkheim montrait déjà l’extrême difficulté qu’il y aurait à supprimer une institution jouant un rôle si efficace de stimulant pour le travail et pour la réussite individuelle20 ! 21 Raymond Boudon, L’Inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris ... 13Mais, la suppression de l’héritage assurerait-elle l’égalité des chances, il resterait que l’instauration de cette dernière est loin de constituer une solution efficace à la problématique durkheimienne du maintien de l’ordre social par la loyauté des acteurs. De fait, la distribution naturelle » des talents et des aspirations parmi les individus a bien peu de chances et, pour dire vrai, aucune de correspondre à celle des positions sociales définies par la division du travail. La raison en est fort simple la première de ces distributions est aléatoire tandis que la seconde est donnée » ! Dans ces conditions, comme R. Boudon l’a magistralement et définitivement montré dans ses travaux sur la mobilité sociale21, l’égalisation des chances peut fort bien n’avoir pas les effets méritocratiques attendus et, donc, les effets d’intégration par justice distributive interposée prévus par Durkheim. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives européennes de sociologie, 1963, IV ... 14Ainsi le bilan de la mise en œuvre durkheimienne de la problématique en termes d’ égalité des chances » apparaît bien précaire – tant au plan des conditions de son application pratique qu’à celui des effets qui en sont attendus. Aussi peut-on, avec un lecteur aussi attentif qu’A. Pizzorno, s’étonner de voir comment une pensée sociologique si pénétrante, après avoir recouru à ce concept d’égalité à un point fondamental et critique du système, oublie de se demander quelle en est la signification sociologique »22. Mais s’agissait-il vraiment d’un oubli ? 23 Émile Durkheim, Le Socialisme, sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne [1928], Pari ... 24 Émile Durkheim, Le Suicide. Étude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de l’a ... 15Quelques années plus tard, dans les dernières pages du Socialisme, Durkheim allait en effet apporter une réponse bien différente de la précédente à la question agitée dans le chapitre sur La division du travail contrainte » Ce qu’il faut pour que l’ordre social règne, c’est que la généralité des hommes se contentent de leur sort; mais ce qu’il faut pour qu’ils s’en contentent, ce n’est pas qu’ils aient plus ou moins, c’est qu’ils soient convaincus qu’ils n’ont pas le droit d’avoir plus. […] S’il ne sent pas au-dessus de lui une force qu’il respecte et qui l’arrête, qui lui dise avec autorité que la récompense qui lui est due est atteinte, il est inévitable [que l’individu] réclame comme lui étant dû tout ce qu’exigent ses besoins et, comme dans l’hypothèse ces besoins sont sans frein, leurs exigences sont nécessairement sans bornes »23. Le changement de ton est radical. Ici, les besoins » de l’individus ne sont plus naturellement en rapport avec ses moyens »; ils sont au contraire, comme décrits dans Le Suicide, infiniment extensibles et, de ce fait, insatiables aussi longtemps que l’intériorisation de normes sociales adaptées ne parvient à les réguler et, donc, à créer la possibilité de leur satisfaction24. Comme on peut s’en convaincre par la lecture des textes ultérieurs sur l’éducation, Durkheim vient de marquer qu’il abandonne la solution socio-économique de la question de l’ordre social au bénéfice d’une solution socio-culturelle. 25 Émile Durkheim, Éducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 16De fait, contrairement à toute attente, la conception durkheimienne de l’éducation ne fait pas de l’institution scolaire un instrument d’égalisation des chances permettant la réalisation d’une distribution sociale méritocratique. Le rôle de l’école est d’abord de répondre à une demande structurelle déterminée en amont du processus éducatif par l’état de la division du travail et, dans ce but, d’y conformer les individus qui lui sont confiés. Elle cherche moins à sanctionner les mérites individuels qu’à produire des individus adaptés aux besoins collectifs, c’est-à-dire à la demande sociale. À cet égard, les propos de Durkheim sont sans ambiguïté Bien loin que l’éducation ait pour objet unique ou principal l’individu et ses intérêts, elle est avant tout le moyen par lequel la société renouvelle perpétuellement les conditions de sa propre existence »25. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. V ... 27 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 41 c’est nous qui soulignons. 17On est donc bien loin de la thèse selon laquelle la seule évaluation des mérites individuels dans une situation d’égalité des chances permettrait de réaliser l’harmonie entre les natures individuelles et les fonctions sociales ». Ici, plus un mot sur l’égalité des chances l’École, qui a pour fonction première comme Sorokin le soulignera plus tard26 de distribuer dans les différentes positions sociales des individus aux caractéristiques appropriées, a donc essentiellement pour charge de leur donner les compétences nécessaires à leur efficacité dans leurs fonctions respectives – bref, à susciter et […] développer chez l’enfant un certain nombre d’états physiques, intellectuels et moraux que réclament de lui la société politique dans son ensemble et le milieu spécial auquel il est particulièrement destiné »27. Évidemment, rien n’est dit des raisons pour lesquelles un individu donné serait destiné » à embrasser telle carrière plutôt que telle autre ! Il ne peut plus, en effet, s’agir de goûts ou autres aptitudes innés depuis Le Suicide, le lecteur de Durkheim sait qu’il n’y a d’autre nature humaine » que celle que la société, par la socialisation, crée de toutes pièces en nous. 18Dans cette perspective, il devient alors évident que l’égalité des chances n’a plus grand rôle à jouer. L’essentiel étant de placer les individus convenables là où la société réclame qu’ils soient placés, c’est cette demande » qui doit être satisfaite en priorité – et quelles que soient a priori les exigences de l’offre individuelle. 28 Ce thème, on le sait, occupe une place centrale dans les théories françaises de la reproduction s ... 29 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 90. 19Mais que devient alors l’impérieuse nécessité de faire en sorte que la généralité des hommes se contentent de leur sort » ? C’est là que l’institution éducative révèle le caractère providentiel de son action – en forme de véritable sociodicée »28. De fait, si le système éducatif joue un rôle fonctionnel d’induction susciter » et de développement des qualités individuelles diverses et variées que requièrent les fonctions créées par la division du travail, il joue aussi, et dans le même temps, un rôle moral de socialisation, d’adaptation et d’intégration de l’individu. S’il parvient à réaliser l’ harmonie » attendue entre ce que les individus sont moralement et ce qu’ils font socialement – entre aspirations et destins individuels –, ne devient-il pas alors assez indifférent que cette distribution sociale résulte d’une situation d’égalité des chances ? Le discours durkheimien est ici sans détour L’homme que l’éducation doit réaliser en nous, ce n’est pas l’homme tel que la nature l’a fait, mais tel que la société veut qu’il soit; et elle le veut tel que le réclame son économie intérieure »29. 20En dernière analyse, Durkheim semble donc avoir estimé que le scandale moral » que constitue l’inégalité des chances serait plus efficacement évité en préparant les individus à ce qu’ils seront et ce qu’ils seront reproduira sans doute ce qu’ils sont, c’est-à-dire leur origine sociale… qu’en leur permettant de devenir ce qu’ils ont la capacité, la volonté ou le goût d’être. Cela expliquerait en effet, d’une part, la précarité de la réflexion de notre auteur sur les conditions de l’égalisation des chances sociales et, d’autre part, l’accent mis par celui-ci sur le rôle essentiellement socialisateur et intégrateur de l’institution scolaire, au détriment de son rôle de promotion sociale des individus. 21La raison d’une telle évolution tient sans doute au fait que, dans cette œuvre de jeunesse qu’est La Division du travail social, le paradigme durkheimien n’est pas encore entièrement élaboré. Et ce sont ces incomplétudes qui, sans doute, ont conduit Durkheim à se fourvoyer dans des pistes de recherches dont il a dû constater trop tard qu’elles conduisaient à des impasses. Si la thèse selon laquelle les conflits sociaux ont leur source essentielle dans l’illégitimité de l’ordre social ce n’est pas la nature objective des rapports sociaux qui risque rompre le consensus mais le caractère défavorable de la perception qu’en ont les acteurs reste inchangée, Durkheim est rapidement passé d’une conception selon laquelle cette légitimité pouvait être obtenue par l’organisation démocratique du système social à une conception plus radicale pour laquelle le même résultat serait plus efficacement atteint par l’inculcation systématique et institutionnalisée de valeurs et de normes – bref, d’une solution socio-économique à une solution socio-culturelle. Haut de page Notes 1 Philippe Besnard, Les pathologies des sociétés modernes », in Ph. Besnard, M. Borlandi et P. Vogt Éd., Division du travail et lien social. Durkheim un siècle après, Paris, 1993, pp. 197-198 passim. 2 Le texte qui suit est partiellement repris et adapté de Charles-Henry Cuin, Durkheim et l’inégalité sociale les avatars et les leçons d’une entreprise », Recherches sociologiques, 223, 1991, pp. 17-32. 3 Émile Durkheim, De la division du travail [1893], Paris, 1973. Il s’agit du chapitre II du Livre III, intitulé La division du travail contrainte ». 4 Ibid., p. 369. 5 Ibid., p. 368. 6 Ibid., p. 370. 7 Voir Philippe Besnard, L’Anomie; ses usages et ses fonctions dans la discipline sociologique depuis Durkheim, Paris, 1987. 8 Ibid., p. 356. 9 Ibid., p. 369. 10 Ibid., p. 369. 11 Émile Durkheim, La Science sociale et l’action, Textes réunis et présentés par Jean-Claude Filloux, Paris, 1970, p. 24. 12 Au même moment, dans la première tradition sociologique nord-américaine, ces deux options opposées sont respectivement défendues par Sumner What Social Classes Owe to Each Other, New York, Harper Brothers, 1883 et par Ward La différenciation sociale et l’intégration sociale une utopie sociologique, Paris, 1903. Voir Charles-Henry Cuin, Les Sociologues et la mobilité sociale, Paris, 1993. 13 Émile Durkheim, De la division du travail, Op. cit., p. 371. 14 […] les progès de la division du travail impliquent […] une inégalité toujours croissante […] », Ibid., p. 371. 15 Ibid., p. 370. 16 Ibid., pp. 371-372. 17 Émile Durkheim, De la division du travail, op. cit., p. 371. 18 Ibid., p. 377. 19 Ibid., p. 378. 20 Émile Durkheim, La famille conjugale » [1892], in Textes 3. Fonctions sociales et institutions, Paris, Minuit, 1975, p. 47. 21 Raymond Boudon, L’Inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris, A. Colin, 1973. 22 Alessandro Pizzorno, Lecture actuelle de Durkheim », Archives européennes de sociologie, 1963, IV, pp. 1-36. 23 Émile Durkheim, Le Socialisme, sa définition, ses débuts, la doctrine saint-simonienne [1928], Paris, 1971, p. 227. 24 Émile Durkheim, Le Suicide. Étude de sociologie [1897], Paris, 1973. Sur cet aspect de l’analyse durkheimienne, voir Cuin, Durkheim et la mobilité sociale », Revue française de sociologie, 1987, XXVIII, 1, pp. 43-65. 25 Émile Durkheim, Éducation et sociologie [1922], Paris, 1966, p. 91. 26 Pitirim A. Sorokin, Social and Cultural Mobility [1927], Glencoe, Illinois, The Free Press, 1959. Voir également Charles-Henry Cuin, Sorokin et le Social Mobility’ de 1927 naissance et mise en œuvre d’une problématique sociologique », L’année sociologique, 38, 1988, p. 275-308. 27 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. 41 c’est nous qui soulignons. 28 Ce thème, on le sait, occupe une place centrale dans les théories françaises de la reproduction sociale » Voir Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, La Reproduction; éléments pour une théorie du système d’enseignement, Paris, Ed. de Minuit, 1970 et Christian Baudelot et Roger Establet, L’École capitaliste en France, Paris, Maspero, 1971. 29 Émile Durkheim, Éducation et sociologie, op. cit., p. de page Pour citer cet article Référence papier Charles-Henry Cuin, Division du travail, inégalités sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de l’analyse durkheimienne », Revue européenne des sciences sociales, XLII-129 2004, 95-103. Référence électronique Charles-Henry Cuin, Division du travail, inégalités sociales et ordre social. Note sur les tergiversations de l’analyse durkheimienne », Revue européenne des sciences sociales [En ligne], XLII-129 2004, mis en ligne le 05 novembre 2009, consulté le 24 août 2022. URL ; DOI de page Auteur Charles-Henry Cuin Université Victor Segalen – Bordeaux Articles du même auteur Paru dans Revue européenne des sciences sociales, 49-2 2011 Paru dans Revue européenne des sciences sociales, XXXIX-120 2001 Paru dans Revue européenne des sciences sociales, XL-124 2002 Haut de page Droits d’auteur Tous droits réservésHaut de page
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